Léon Pointu

Vase en grès brun à coulures bleu canard

Léon Pointu

Vase art déco à fond brun et coulures bleu canard

Date : vers 1920-1930

Dimensions : H :Ce 25 cm diam : 15 cm

Matériau : Saint-Amand-en-Puisaye

État : Très bon état

Références : The Art Institute of Chicago, Musée d'Orsay, Paris

Conditions & disponibilité: Signé Pointu - Disponible

Description

de l'oeuvre

Vase balustre art déco en grès à couverte brune et coulures bleu-vert

Ce beau vase art déco adopte une forme de vase balustre assez utilisée par Léon Pointu mais également par son père. Il présente un col à la lèvre fine et maîtrisée soulignée par de délicates coulures bleues qui plongent à l’intérieur du vase. L’intérieur est revêtu d’une couverte blanche grisâtre piquetée de noire qui tranche avec l’extérieur du vase qui fait alterner rouge-brun et coulures bleues grises qui s’affinent pour former comme un réseau de cannelures archaïques au-dessous de l’épaule du vase. La couleur rouge brune assez peu utilisée par Léon Pointu se retrouve néanmoins dans certaines de ses oeuvres du début des années 1920. Le vase est signée Pointu sous le pied ce qui tend à dater cette oeuvre d’au moins le milieu de la décennie 1920.

Les couleurs franches et l’émail largement disposé et clairement délimité avec un souci de la netteté montre l’évolution de l’art de Léon Pointu par rapport à celui de Jean, son père, même si l’on retrouve dans la forme et la recherche d’une terre fine et blanche l’influence indéniable de l’art de Jean Pointu. La céramique se simplifie et les contrastes s’amplifient, s’éloignant des couleurs fondues affectionnées par son père. L’oeuvre prend un tour monumental, presque architectural, comme un rappel de l’attrait pour le néoclassicisme qui se fait jour au cours des années 1920.

Vase Art Déco balustre par Léon Pointu avec coulures bleues et intérieur blanc grisâtre piqueté de noir.
Leon Pointu dessin du céramiste art déco en train de réaliser un vase

Fontainebleau (France) 1879 - Saint-Amand-en-Puisaye (France) 1942

Léon Pointu est né en 1879 à Fontainebleau où son père Jean Pointu avait une fabrique de céramique. C’est donc dans un environnement entièrement dédié à la production céramique qu’il grandit et se forma auprès de son père. Celui-ci délaissa la production industrielle de céramique et s’installa en 1906 à Saint-Amand-en-Puisaye, attiré par le foisonnement artistique qui y régnait depuis l’installation de Jean Carriès et à la suite de nombreux potiers suivant son modèle. L’influence japonisante s’incarne dans son œuvre à travers les formes, les décors qui rappellent l’esthétique du chanoyu, la cérémonie du thé. L’exigence de la simplicité japonaise marque l’œuvre de Jean Pointu qui se différencie cependant des potiers de l’école de Carriès par une volonté de maîtriser les formes et le processus. C’est en effet un praticien expérimenté et exigeant lorsqu’il arrive à Saint-Amand âgé de 63 ans et il ne laisse aucune place au hasard. Il choisit avec soin ses terres comme ses ouvriers, tourneurs, anseurs qui ont travaillé avec les plus grands. L’art de Jean Pointu se caractérise par la superposition des couches d’émail mat qui font vibrer la glaçure à la surface de vases aux formes fluides qui laissent entrevoir un grand souci de la perfection.

Léon Pointu se forme auprès de son père et devient son collaborateur après avoir effectué son service militaire. Si durant la période d’activité de son père son art ne se démarque pas de celui-ci, il commence à prendre un tour qui lui est propre en 1921 lorsque son père se retire et plus encore après sa mort en 1925. Les formes s’agrandissent, les couleurs s’affirment et de véritables nouveauté émergent dans l’art de Léon Pointu comme les cascades qui dégoulinent, épaisses depuis l’épaulement et qui prennent de l’épaisseur allant jusqu’à imiter la peau de serpent. Dans les années 30, influencé par Lucien Brisdoux, Léon Pointu fait arborer à ses vases des motifs réticulés ou ocellés de nuages et de coulures d’or ou de platine parfaitement maîtrisées sur des fonds sombres ou bleutés. Il se rattache cependant à l’art de son père à travers sa volonté de maîtrise, sélectionnant avec soin ses terres ou ses émaux qu’il fait venir de la maison l’Hospied à Golfe-Juan qui collabore étroitement avec la famille Massier.

Léon Pointu consacre une exposition à son père au Salon de 1928 et meurt en 1942. Sa production poursuivie par son épouse et son fils s’arrête en 1947 lorsque son atelier est transformé par son fils Michel Pointu en une entreprise de vaisselle industrielle.

L'oeuvre

dans son contexte

La céramique de Léon Pointu s’inscrit dans l’école de Carriès qui s’est installée à la suite de Jean Carriès à Saint-Amand-en-Puisaye, centre de production de grès depuis le Moyen Âge.

Son fondateur, Jean Carriès (1855-1894) l’avait choisi pour la qualité de ses terres et de ses artisans potiers auprès desquels il apprit le métier du grès. Sculpteur doué et portraitiste renommé et triomphant du Paris des années 1870-80, il avait décidé de rompre avec la sculpture pourtant au sommet de son art en 1878 en visitant l’exposition universelle de Paris, après avoir assisté à une cérémonie du thé. Subjugué par la beauté, la pureté et la profondeur spirituelle des ustensiles en grès japonais il décida de consacrer sa vie au grès ce « mâle de la porcelaine ». La présentation de collections japonaises comme celle d’Emile Guimet lors de l’Exposition universelle de Paris en 1878 a beaucoup fait pour la diffusion de l’esthétique japonaise dans l’art français et particulièrement dans les arts décoratifs comme la céramique. Codifiée au XVIème siècle par Sen no Rikyu, la cérémonie du thé concentre l’essence d’une esthétique japonaise ritualisée à la recherche de la perfection qui fascina les artistes de la fin du XIXème siècle par son rapport à la nature et son acceptation de l’intervention de celle-ci dans la création artistique. Carriès y adjoignit des références symbolistes à la nature dans la création d’un bestiaire fantastique en grès quand Jean Pointu s’intéressa plus à la puissance évocatrice des superpositions d’émail mat comme dans sa création d’une glaçure fourrure de lièvre d’une grande suavité. L’emploi de l’or, des coulures, des émaux mats eurent une grande importance dans la création d’une esthétique art nouveau puis art déco au sein des arts décoratifs. Mais l’influence du Japon fut également déterminante dans la conception d’un artiste-artisan et d’un art total tel qu’il émergea au tournant du siècle.

 

Céramique balustre Art Déco par Léon Pointu, utilisant rouge-brun rare et coulures bleues.

sources

P. Monjaret & M. Ducret, <em>L’école de Carriès, l’art céramique à Saint-Amand-en-Puisaye 1888-1940</em>, Paris, Les éditions de l’amateur, 1997

http://www.grespuisaye.fr/index.html

 

  • Vase en grès émaillé doré – Jean Pointu, Musée d’Orsay – Paris voir l’œuvre
  • Boîte en grès – Léon Pointu, Kunstmuseum Den Haag – La Hague voir l’œuvre
  • Diverses œuvres – Léon Pointu, The Art Institute of Chicago – voir l’œuvre

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