Léon Pointu

Vase cha-ire émaillé bleu et doré – Léon Pointu

Léon Pointu

Petit vase à poussière de thé en grès émaillé doré

Date : vers 1930-1935

Dimensions : H : 8,6 cm ; diam : 8 cm

Lieu de production : Saint-Amand-en-Puisaye

Matériau : Grès à couverte bleue et émaux dorés

État : Bon état, quelques rayures légères

Références : The Art Institute of Chicago, Musée d'Orsay, Paris

480 

Description

de l'oeuvre

Petit vase cha-ire dit "à poussière de thé" en grès à couverte bleue et émaux dorés signé Léon Pointu

Ce petit vase en grès de Léon Pointu est inspiré d’un vase utilisé au cours du chanoyu, la cérémonie du thé japonaise : le cha-ire, petit vase dit « à poussière de thé » qui sert à contenir le thé épais en remplacement du natsume qui est une boîte en bois laqué. Il adopte une forme ovoïde avec une épaule légère et fluide laissant place à une lèvre fuselée. Ce vase n’est pas sans rappeler la forme dite katatsuki. La panse et la partie externe du vase sont recouverts d’une glaçure d’un bleu lapis-lazuli parsemés de nuages et de coulures émaillées d’or et étagées par superposition vers l’or le plus brillant. La couche dorée sous-jacente forme des tâches ocellées d’un or légèrement bruni rehaussant les coulées plus brillantes. Sous le pied, le vase est signé Pointu à l’aide d’une incision manuscrite. La signature et le décor du vase tendent à le dater des années 1930-35 dans l’œuvre de l’artiste.

Cette œuvre a été produite à Saint-Amand-en-Puisaye dans la Nièvre, centre de production de grès depuis le XIVème siècle principalement pour la poterie de la vie quotidienne. La qualité de ses argiles ont rendu ce centre de production célèbre dès le XVIIIème siècle. À fin du XIXème siècle, Saint-Amand-en-Puisaye a accueilli le sculpteur Jean Carriès qui, subjugué par la beauté des grès japonais décida de s’y consacrer et s’installa à Saint-Amand. De nombreux artistes potiers comme Théo Perrot, Eugène Lion ou les Pointu père et fils s’y installèrent pour former l’école de Carriès travaillant des grès japonisants tout en intégrant leur spécificités naturalistes, symboliste au vocabulaire décoratif de l’art nouveau, ou ici de l’art déco naissant.

La caractéristique de ces grès est leur robustesse et leur imperméabilité sans même la couverte qui est dû à la vitrification d’une argile à forte teneur de silice cuite à 1200-1300°C. Ces grès s’inspirent des grès chinois du Xème siècle de l’époque Song dont les plus connus sont les céladons et dont la technique se répandit au Japon à travers l’essor de la cérémonie du Thé. Appelés Qingci porcelaine verte, en Chine, les grès émaillés sont estimés des artistes de la fin du XIXème à l’instar de Carriès qui y voit « le mâle de la porcelaine ».

Les grès de l’atelier de Jean Pointu, puis de Léon Pointu sont particuliers en ce que leur terre est choisie avec soin. C’est une terre très épurée, très blanche préparée selon un procédé très exigeant mis au point par Jean Pointu, le père de Léon. Tout le processus est maîtrisé, c’est d’ailleurs ce qui différencie l’art de Jean et Léon Pointu de celui du reste de l’école de Carriès qui recherche une certaine fantaisie créatrice en laissant une part à l’aléatoire. Jean et Léon Pointu cultivent une maîtrise parfaite, des formes galbées et épurées qui, si elles rappellent le japonisme dans leurs formes, font la transition vers la production plus moderne de grès flammés des années 30-40 à travers leur décor.

Ici, le décor bleu lapis-lazuli et parsemé de nuages vaporeux d’or bruni que surmontent des coulures d’or brillant est parfaitement maîtrisé. Il s’inspire de l’œuvre de Lucien Brisdoux, installé non loin à Bonny-sur-Loire avec lequel Léon Pointu avait travaillé et qui possédait la Poterie-Neuve à Saint-Amand qui fut l’atelier des Pointu entre 1906 et 1916. Brisdoux est un spécialiste des glaçures notamment des oxydes métalliques et a beaucoup influencé les potiers du tournant du siècle comme Pointu ou Raoul Lachenal avec lequel il a collaboré. La technique ici utilisée a été développée par Lucien Brisdoux. Elle consiste en une application minutieuse d’or céramique sur lequel est projetée de la créosote, une huile extraite de goudrons qui permet une maîtrise et une conservation parfaite des coulures.

Vase Cha-ire de l'epoque edo vase à poussière de thé du Smithsonian museum
Cha-ire pot à poussière de thé, Japon, ère edo 1625-1650 Smithsonian museum - Washington D.C.

Léon Pointu à l'instar de son père cultive le goût de la perfection et de la maîtrise des formes et des couleurs de ses grès.

Leon Pointu dessin du céramiste art déco en train de réaliser un vase

Fontainebleau (France) 1879 - Saint-Amand-en-Puisaye (France) 1942

Léon Pointu est né en 1879 à Fontainebleau où son père Jean Pointu avait une fabrique de céramique. C’est donc dans un environnement entièrement dédié à la production céramique qu’il grandit et se forma auprès de son père. Celui-ci délaissa la production industrielle de céramique et s’installa en 1906 à Saint-Amand-en-Puisaye, attiré par le foisonnement artistique qui y régnait depuis l’installation de Jean Carriès et à la suite de nombreux potiers suivant son modèle. L’influence japonisante s’incarne dans son œuvre à travers les formes, les décors qui rappellent l’esthétique du chanoyu, la cérémonie du thé. L’exigence de la simplicité japonaise marque l’œuvre de Jean Pointu qui se différencie cependant des potiers de l’école de Carriès par une volonté de maîtriser les formes et le processus. C’est en effet un praticien expérimenté et exigeant lorsqu’il arrive à Saint-Amand âgé de 63 ans et il ne laisse aucune place au hasard. Il choisit avec soin ses terres comme ses ouvriers, tourneurs, anseurs qui ont travaillé avec les plus grands. L’art de Jean Pointu se caractérise par la superposition des couches d’émail mat qui font vibrer la glaçure à la surface de vases aux formes fluides qui laissent entrevoir un grand souci de la perfection.

Léon Pointu se forme auprès de son père et devient son collaborateur après avoir effectué son service militaire. Si durant la période d’activité de son père son art ne se démarque pas de celui-ci, il commence à prendre un tour qui lui est propre en 1921 lorsque son père se retire et plus encore après sa mort en 1925. Les formes s’agrandissent, les couleurs s’affirment et de véritables nouveauté émergent dans l’art de Léon Pointu comme les cascades qui dégoulinent, épaisses depuis l’épaulement et qui prennent de l’épaisseur allant jusqu’à imiter la peau de serpent. Dans les années 30, influencé par Lucien Brisdoux, Léon Pointu fait arborer à ses vases des motifs réticulés ou ocellés de nuages et de coulures d’or ou de platine parfaitement maîtrisées sur des fonds sombres ou bleutés. Il se rattache cependant à l’art de son père à travers sa volonté de maîtrise, sélectionnant avec soin ses terres ou ses émaux qu’il fait venir de la maison l’Hospied à Golfe-Juan qui collabore étroitement avec la famille Massier.

Léon Pointu consacre une exposition à son père au Salon de 1928 et meurt en 1942. Sa production poursuivie par son épouse et son fils s’arrête en 1947 lorsque son atelier est transformé par son fils Michel Pointu en une entreprise de vaisselle industrielle.

L'oeuvre

dans son contexte

La céramique de Léon Pointu s’inscrit dans l’école de Carriès qui s’est installée à la suite de Jean Carriès à Saint-Amand-en-Puisaye, centre de production de grès depuis le Moyen Âge.

Son fondateur, Jean Carriès (1855-1894) l’avait choisi pour la qualité de ses terres et de ses artisans potiers auprès desquels il apprit le métier du grès. Sculpteur doué et portraitiste renommé et triomphant du Paris des années 1870-80, il avait décidé de rompre avec la sculpture pourtant au sommet de son art en 1878 en visitant l’exposition universelle de Paris, après avoir assisté à une cérémonie du thé. Subjugué par la beauté, la pureté et la profondeur spirituelle des ustensiles en grès japonais il décida de consacrer sa vie au grès ce « mâle de la porcelaine ». La présentation de collections japonaises comme celle d’Emile Guimet lors de l’Exposition universelle de Paris en 1878 a beaucoup fait pour la diffusion de l’esthétique japonaise dans l’art français et particulièrement dans les arts décoratifs comme la céramique. Codifiée au XVIème siècle par Sen no Rikyu, la cérémonie du thé concentre l’essence d’une esthétique japonaise ritualisée à la recherche de la perfection qui fascina les artistes de la fin du XIXème siècle par son rapport à la nature et son acceptation de l’intervention de celle-ci dans la création artistique. Carriès y adjoignit des références symbolistes à la nature dans la création d’un bestiaire fantastique en grès quand Jean Pointu s’intéressa plus à la puissance évocatrice des superpositions d’émail mat comme dans sa création d’une glaçure fourrure de lièvre d’une grande suavité. L’emploi de l’or, des coulures, des émaux mats eurent une grande importance dans la création d’une esthétique art nouveau puis art déco au sein des arts décoratifs. Mais l’influence du Japon fut également déterminante dans la conception d’un artiste-artisan et d’un art total tel qu’il émergea au tournant du siècle.

 

Vase bouteille en grès de Jean Carriès, maître du céramiste art déco Léon Pointu
Jean Carriès - vase bouteille, Cleveland museum of arts

sources

P. Monjaret & M. Ducret, <em>L’école de Carriès, l’art céramique à Saint-Amand-en-Puisaye 1888-1940</em>, Paris, Les éditions de l’amateur, 1997

http://www.grespuisaye.fr/index.html

 

 

  • Vase en grès émaillé doré – Jean Pointu, Musée d’Orsay – Paris voir l’oeuvre
  • Boîte en grès – Léon Pointu, Kunstmuseum Den Haag – La Hague voir l’oeuvre
  • Diverses œuvres – Léon Pointu, The Art Institute of Chicago – voir l’oeuvre

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