Frédéric Kiefer

Vase ovoïde flammé sang de boeuf – Frédéric Kiefer

Frédéric Kiefer

Vase ovoïde

Date : vers 1930

Dimensions : H : 47,5 cm ; L : 24 cm

Lieu de production : Boulogne-Billancourt ( France )

Matériau : Grès porcelainique (dit aussi porcelaineux ou kaolinique)

État : Très bon état

Références : Musée d’art moderne de Paris, Metropolitan Museum of Art de New York, Musée de céramiques de Sèvres

Description

de l'oeuvre

IMPORTANT VASE OVOÏDE, LEGEREMENT HEXAGONAL, A COUVERTE FLAMMEE SANG-DE-BŒUF, REPOSANT SUR PIEDOUCHE. SIGNE AU CACHET ET NUMEROTE 658 SOUS LA BASE

Ce vase flammé sang-de-boeuf est très probablement le plus grand vase qu’ait réalisé le grand céramiste Frédéric Kiefer. En grès porcelainique, cet imposant et élégant vase ovoïde à col court est, par de nombreux détails, emblématique du travail de Kiefer, dont l’originalité et l’inventivité de la production le distinguent d’entre ses contemporains céramistes.
Reposant sur un piédouche hexapode, ce vase de forme ovoïde se déploie de façon particulièrement bien équilibrée vers un col court. Ce dernier est ceinturé de nombreuses stries qui, à l’instar d’ondes se propageant sur un plan d’eau, disparaissent progressivement à l’approche du corps. Des six pieds partent de subtiles nervures imposant une légère forme hexagonale au corps du vase. Une lèvre, parfaitement proportionnée aux dimensions du col et du corps du vase, déborde légèrement. Sous la main, une surface légèrement onduleuse peut se ressentir.

Semblable à une énorme corolle urcéolée d’une bruyère d’été, ce magnifique vase arbore une riche gamme de couleurs qui ne sont pas sans rappeler également les colorations de cette fleur.
Habituellement classée par familles (les tachetées, les marbrées, les sang-de-bœuf, les céladons, …), la couverte permet de ranger ce vase de Frédéric Kiefer dans la famille des flammées.
Particulièrement riche en couleurs, cette glaçure sang-de-bœuf laisse découvrir en fonction de l’orientation du vase toute une gamme de violets et de rouges, allant du prune bleuté au rouge chinois éclairci de céladon. Le col est décoré de bleu flambé. L’intérieur du vase laisse apercevoir, après la lèvre céladon et aubergine, un lumineux flammé mauve et lilas.
Matière de prédilection de la céramique grand feu (températures de cuisson supérieures à 1200°C), le grès porcelainique, mis au point en 1927 par le céramiste Émile Decoeur, fut adopté par Frédéric Kiefer qui travaillait avec lui à la Manufacture de céramiques de Sèvres.
Contrairement à l’émail, simple revêtement vitrifié qui recouvre la faïence préalablement cuite, la couverte de grand feu fusionne véritablement avec l’argile du vase lors d’une seule et même cuisson. Dès lors, une continuité se crée entre couverte et tesson du vase, qui donne à ces céramiques une qualité structurelle exceptionnelle.

Frédéric Kiefer, céramiste art nouveau et meilleur ouvrier de France

DIEMERINGEN (FRANCE) 1894 – BOULOGNE-BILLANCOURT (FRANCE) 1977

Qui était Frédéric Kiefer ?
Homme humble, discret et talentueux, artisan d’excellence dont la maitrise technique de la céramique grand feu fût appréciée par les grands céramistes de son temps et avec lesquels il travailla, Frédéric Kiefer œuvra au cœur de la grande production de céramique d’art française, à Sèvres et Boulogne -Billancourt.
Frédéric Kiefer est né le 2 juillet 1894 à Diemeringen en Alsace alors territoire allemand suite à son annexion en 1871.
Diemeringen était un village réputé pour ses poteries où de nombreuses familles de potiers étaient installées depuis plusieurs générations
Issu d’une très ancienne famille de potiers, Frédéric Kiefer commença tout naturellement son apprentissage dans l’entreprise familiale où très probablement il apprit à réaliser cette originale poterie traditionnelle alsacienne faite de moules à Kougelhof et de terrines richement décorées
La première guerre mondiale puis l’arrivée sur le marché de produits tels que l’aluminium ou le plastique, concurrençant la terre cuite traditionnellement utilisée pour réaliser les ustensiles de cuisines ou la poterie horticole amorcèrent un déclin rapide au début du XXème siècle des poteries familiales de Diemeringen.
Très certainement contraint par les conditions économiques de son village, Frédéric Kiefer partit travailler comme tourneur à la manufacture de grès de Beauvais alors dirigé par le céramiste et industriel Charles Gréber.
Frédéric Kiefer devint ensuite mouleur-estampeur à la manufacture Gentil et Bourdet établie à Boulogne-Clignancourt et modeleur de plâtre au bureau d’étude de l’entreprise Renault également implantée à Boulogne-Billancourt.
Outre une importante activité industrielle liée à l’automobile et l’aviation, les communes de Boulogne et de Billancourt, réunies en 1925, abritèrent au début du XXème siècle non loin de la ville de Sèvres située juste en face, de nombreuses entreprises de céramiques réputées internationalement.
L’entreprise Fau et Gaillard emblématique des années folles, La manufacture du Pont de Sèvres ou encore La maison Collinot et Cie fondée par Eugène-Victor Collinot et Adalbert de Beaumont et dont la clientèle internationale comme le Sha de perse ou le musée de Kensignton faisaient la réputation sont représentatives de l’activité céramique importante et novatrice qui régnait alors en Ile de France.
Dès 1930 Frédéric Kiefer participa à des expositions nationales et internationales aux cours desquelles son travail était toujours remarqué.

Engagé à la manufacture de Sèvres en 1936, Frédéric Kiefer fût la même année récompensé comme l’un des Meilleurs Ouvriers de France en céramique d’art (Groupe XV, Classe 2). Ce titre qu’obtint également le fils de Pierre-Adrien Dalpayrat, en 1925, est une prestigieuse récompense qui montre à quel point Frédéric Kiefer fût un grand praticien de la céramique.
En 1937 il présente à l’Exposition internationale des arts et des techniques dans la vie moderne de Paris plusieurs de ses œuvres dont certaines furent acquises par l’état. Elles sont visibles aujourd’hui au musée d’Art moderne de Paris.
Reconnu par ses pairs pour lesquels en tant que praticien il réalisa certaine production (Emile Decoeur, Maurice Gensoli, Adolphe Dalpayrat, …) Frédéric Kiefer devint professeur à l’Ecole Nationale Supérieur de Céramique de Sèvres de 1947 à 1959.
A partir de 1959 il fût désigné pour siéger à la Commission artistique de la célèbre manufacture.
En juin 1978, six mois après sa mort sa production artistique fût proposée en vente public chez Drouot. Un peu plus de 200 vases, coupes, bols et sculptures furent dispersés. De son vivant, malgré de nombreuses sollicitations, le céramiste Frédéric Kiefer ne céda que quelques-unes de ses œuvres, majoritairement lors d’achat public par l’état.

L'oeuvre

dans son contexte

C’est un condensé d’histoire de la céramique française des XIXème et XXème siècle que nous offre cet imposant et étonnant vase du céramiste Frédéric Kiefer.
Sa couverte, flammée sang-de-bœuf, est à rapprocher du travail du célèbre céramiste Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910) internationalement connu pour son « rouge Dalpayrat » fruit d’années de recherche pour reproduire le rouge chinois dit sang-de-bœuf. Il est intéressant de noter que Frédéric Kiefer réalisa de nombreux vases dessinés par Adolphe Dalpayrat, fils de Pierre-Adrien Dalpayrat. L’influence de ce grand céramiste sur Frédéric Kiefer est certaine.
Au-delà de l’influence de Dalpayrat nous pouvons aussi rapprocher ce vase, tant par sa forme que par sa couleur à la céramique chinoise « Jun » des dynasties Song.
Au tournant des années 1910 un intérêt nouveau pour la céramique chinoise ancienne (Tang, Song et Yuan) se fait jour. Redécouverte quelques décennies plus tôt lors de fouilles archéologiques en Chine et valorisée par des expositions et l’enrichissement de collections publiques de grands musées comme celui du Louvre, la poterie chinoise et coréenne renforce et influence à la fois l’expression esthétique des grands céramistes français mais aussi leur discipline et leur pratique.
Ainsi la couverte de ce vase de Frédéric Kiefer est une référence certaine à celle de la très précieuse céramique Jun (Glaçure flambée rouge) dont les couleurs rouge et violet symbolisaient respectivement l’empereur Song, vêtu de rouge, et les hauts fonctionnaires vêtus de violet.
La forme également de ce vase est aussi une référence à la céramique Song dont les coupes et vasques pouvaient être réalisés selon une structure hexagonale reposant sur piedouche. De telles céramiques peuvent être vues à l’ Asian Art Museum de San Francisco qui expose le leg du collectionneur Avery Brundage ou au musée Guimet avec la collection d’Ernest Grandidier.

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Une autre influence majeure, celle d’Emile Decoeur, céramiste des plus illustres, est également à l’œuvre dans ce magnifique vase.
Un ensemble de stries ceinturant le col et le haut du corps en y disparaissant peuvent également s’observer sur nombre de vases d’Emile Decoeur. Il est probable mais non certain que ces stries résultent d’une proximité entre Frédéric Kiefer et Emile Decoeur.
En revanche, ce qui ne laisse place à aucun doute est l’utilisation du grès porcelainique utilisé par Frédéric Kiefer pour réaliser ce vase sang-de-bœuf. Mis au point par le céramiste Emile Decoeur en 1927 le grès porcélainique est une pâte de grès additionnée de kaolin en poudre. Ce mélange permet d’obtenir une pâte combinant la finesse de la porcelaine et la plasticité du grès. Par un minutieux travail sur les proportions Emile Decoeur réussit à associer ces deux matériaux longtemps réputés inconciliables. Les tentatives menées précédemment par d’autres grands céramistes comme Edouard Cazaux ou Emile Lenoble, bien qu’encourageantes, n’avaient pu aboutir à un résultat satisfaisant.
Le grès porcélainique par ses qualités physico-chimiques permet de réaliser une vitrification des émaux à des températures inférieures à celles nécessaires pour la porcelaine. Dès lors une gamme plus variée de couvertes est possible. De plus, la blancheur conférée à ce grès par le kaolin donne aux émaux, par le jeu d’une semi-transparence, un éclat que le grès seul ne permet pas.

sources

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