Joseph Félon

La Vanité – Statuette en terre cuite

Joseph Félon

La Vanité

Date : vers 1866

Lieu de production : Paris ( France )

Matériau : Terre cuite polychromée

État : Bon état - restaurations

Conditions & disponibilité: disponible

Description

de l'oeuvre

Sculpture représentant une femme nue, allongée sur un lit à la façon d'une odalisque - 'La vanité"

Statuette en terre cuite polychromée de Joseph Félon, représentant une femme nue alanguie sur un lit. Semblable à une odalisque, allongée sur le ventre, la jambe gauche repliée,  elle semble s’éveiller.

Selon nos recherches, cette œuvre de Joseph Félon a très probablement était exposée au Salon de peinture et de sculpture de 1866 comme allégorie de la Vanité.

Bien que traitée de façon académique, un étonnement souci de réalisme, surtout visible dans la polychromie a été opéré par l’artiste. Visible dans la carnation , les mamelons ou la toison pubienne du modèle, le soucis du détail de Joseph Félon est révélateur d’une volonté de l’artiste de représenter une certaine réalité.

Peut-être sont exprimées dans cette œuvre les tensions esthétiques de l’époque soumise au règne de l’académisme et de son formalisme contraignant ?

Avec ses proportions caractéristiques, le modèle présenté incarne parfaitement le style de Joseph Félon et son approche néoclassique du corps féminin. Comme le révèlent nombre de ses œuvres, tant en peinture qu’en sculpture (Les Saisons, Nymphe tourmentant un dauphin, Andromède), les corps féminins chez Félon sont élancés et fermes, dotés de membres longs et gracieux qui confèrent une impression générale d’élégance et de force.

Cependant, dans cette sculpture particulière, on ne peut s’empêcher de remarquer une certaine pesanteur du corps, ainsi qu’un aspect voyeuriste dans la pose adoptée. Habituellement, Félon représente les corps féminins sous forme d’allégories, comme en témoignent les décors du Palais du Louvre (La Prudence et la Force, La Justice et la Fraternité). Pour illustrer la Vanité, il choisit ici de nous dévoiler, dans le moindre détail, le corps langoureux d’une femme se découvrant avec une fausse pudeur, sûre de sa beauté.

Femme nue allongée - Joseph Félon - Dessin préparatoire à la pierre noire vue de dos
Femme nue allongée - Joseph Félon - Dessin préparatoire à la pierre noire vue de dos

..."Un océan de soie, de parfums et de sons, La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt, Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !"... Charles Baudelaire - la Chevelure - Fleurs du mal

Joseph Félon

Bordeaux (France) 1818 - Antibes Juan-les-Pins (France) 1897

Joseph Félon, né à Bordeaux le 22 août 1818, est une figure de l’art académique français du XIXe siècle. Élève de Pierre Lacour fils et travaillant chez le graveur Gaspard de Galard, il développe ses compétences en peinture et en gravure dès son plus jeune âge. Admis à l’École des beaux-arts de Paris en 1839, Félon s’illustre dans plusieurs disciplines artistiques, dont la peinture, la sculpture et la lithographie. Sa carrière débute avec des œuvres présentées au Salon dès 1840, où il expose un autoportrait et une statuette en plâtre.

En 1857, Félon se distingue comme cartonnier pour les vitraux de l’église Sainte-Perpétue et Sainte-Félicité de Nîmes. Cette expérience lui permet de maîtriser la peinture sur verre, conduisant à des travaux notables tels que la restauration de la verrière du Saint-Nom de Jésus à l’église Saint-Étienne-du-Mont en 1864. Il poursuit avec des créations pour l’église Saint-Séverin en 1865 et d’autres restaurations significatives à Paris jusqu’en 1874. Félon devient membre honoraire de la corporation des peintres-verriers en 1879, une reconnaissance de son expertise dans ce domaine.

Outre ses réalisations en vitrail, Joseph Félon laisse une empreinte durable dans la sculpture et la peinture. Ses œuvres ornent des lieux prestigieux comme le pavillon Richelieu du palais du Louvre, avec des sculptures allégoriques telles que La Justice et la Fraternité, et La Vérité et l’Histoire. À la Sorbonne, à l’église Sainte-Élisabeth, et à Saint-Étienne-du-Mont, ses sculptures ajoutent une dimension esthétique et symbolique. Parmi ses créations les plus connues, la statue Nymphe chevauchant un dauphin au jardin des Plantes de Paris et la statue de La Science au château des ducs de Savoie à Chambéry témoignent de sa maîtrise et de sa polyvalence.

En peinture, son tableau Nymphe chasseresse, conservé au musée des Beaux-Arts de Bordeaux, illustre son talent et son sens de la composition. Après s’être installé dans le Midi en 1884, Félon continue de contribuer au monde de l’art, devenant conservateur au musée de peintures de Cannes et professeur à l’École des arts décoratifs de Nice. Contemporain d’artistes célèbres tels que Jean-Léon Gérôme et Alexandre Cabanel, Félon navigue dans un monde artistique dominé par le style académique, caractérisé par un souci du détail et une grande maîtrise technique.

Joseph Félon décède à Antibes Juan-les-Pins le 6 mars 1897, laissant derrière lui un héritage artistique riche et diversifié, marqué par son engagement dans plusieurs domaines de l’art.

L'oeuvre

dans son contexte

L’Art Académique,  mouvement artistique du XIXe siècle en Europe, se caractérise par son approche idéalisée du corps humain, en particulier celui de la femme. Les peintres académiques cherchaient à représenter la beauté idéale et parfaite, souvent dénuée de toute imperfection, conformément aux normes esthétiques de l’époque. Cette conception idéalisée du corps féminin est remarquablement illustrée dans des œuvres emblématiques telles que « La Naissance de Vénus » d’Alexandre Cabanel, où la figure féminine est présentée avec une sensualité sublimée et une grâce divine. Dans ce tableau, exposé au Salon de 1863 et désormais abrité par le Musée d’Orsay, le corps de Vénus est représenté dans une sensualité maitrisée, reflétant l’idéal de perfection physique recherché par les artistes académiques.

L’idéalisation du corps féminin dans l’Art Académique va au-delà de la simple représentation esthétique ; elle véhicule également des idées et des valeurs socio-culturelles de l’époque. En effet, la femme académique incarne souvent des concepts tels que la pureté, la vertu et la féminité idéalisée, conformément aux normes de moralité de la société du XIXe siècle. Ainsi, les œuvres académiques mettent en scène des femmes élégantes, aux proportions parfaites, évoluant dans des décors mythologiques ou historiques, renforçant ainsi l’idée d’une beauté intemporelle et universelle.

La première version de la Naissance de Vénus de Cabanel (Musée d'Orsay, Paris) fit sensation au Salon de 1863, surnommé le "Salon des Vénus" en raison du nombre de nus séduisants exposés. Le tableau du Salon fut acheté par Napoléon III pour sa collection personnelle. En 1875, le New-Yorkais John Wolfe commanda la réplique actuelle, légèrement plus petite, à Cabanel. La composition incarne les idéaux de l'art académique : un sujet mythologique, un modelé gracieux, un coup de pinceau soyeux et une forme parfaite. Ce style fut perpétuellement populaire auprès des collectionneurs, même s'il fut contesté par des artistes cherchant une interprétation plus personnelle de la vérité naturelle, tels que Courbet.
Alexandre Cabanel ( Montpellier 1823–1889 Paris) - La naissance de Vénus (1875) - huile sur toile - The MET / La première version de la Naissance de Vénus de Cabanel (Musée d'Orsay, Paris) fit sensation au Salon de 1863, surnommé le "Salon des Vénus" en raison du nombre de nus séduisants exposés. Le tableau du Salon fut acheté par Napoléon III pour sa collection personnelle. En 1875, le New-Yorkais John Wolfe commanda la réplique actuelle, légèrement plus petite, à Cabanel.

L’avènement du mouvement réaliste au milieu du XIXe siècle marque un tournant dans la représentation du corps féminin dans l’art. Contrairement à l’idéalisation propre à l’Art Académique, les artistes réalistes se tournent vers une représentation plus authentique et véridique de la réalité, y compris celle du corps féminin. Ainsi, le traitement du corps de la femme dans le réalisme se caractérise par une approche plus naturaliste, loin des standards de beauté idéalisée prévalant dans l’Académisme.

Des artistes tels que Gustave Courbet, avec son célèbre tableau « L’Origine du monde« , ou Edouard Manet avec « Le déjeuner sur l’herbe » brisent les tabous en représentant le corps féminin de manière crue et directe. Ces œuvres, pour certaines longtemps cachées, pour d’autres, sources de scandales, choquent par leur franchise et leur réalisme cru, mais expriment un changement radical dans la façon dont le corps féminin est perçu et représenté dans l’art. Avec le réalisme, le corps de la femme cesse d’être une figure idéalisée pour devenir un sujet de contemplation réaliste, reflétant les diversités et les réalités de la condition féminine.

La Femme à la vague est un tableau peint en 18681 par Gustave Courbet.
Edouard Manet - Femme à la vague (1868) - Huile sur toile - Metropolitan Museum of Art à New-York.

sources

  • Paris, Musée du Louvre –  Blanche Félon et sa fille – Bronze – voir l’œuvre
  • Evreux, musée d’Art Histoire et Archéologie – Les trois grâces – Pierre noire et aquarelle sur papier
  • Nîmes, musée des beaux-arts – Andromède – sculpture en bronze
  • Paris, Musée d’histoires naturelles (Jardin des plantes) – Nymphe tourmentant un dauphin – Bronze – voir l’œuvre

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